Mali : Le patronat lutte contre la corruption

Le Président du patronat Mamadou Sinsy COULIBALY et le conférencier Clément DEMBELE

 « Le rôle du secteur privé dans la lutte contre la corruption » est le thème d’une conférence-débat animé par le conférencier principal Clément DEMBELE, le  vendredi 15 mars 2019 dernier, dans la  salle de conférence du conseil national du Patronat du Mali (CNPM). Et le moins qu’il convient de dire est que le président du patronat malien Mamadou Sinsy COULIBALY a pointé un doigt accusateur sur le président de la cour suprême Nouhoum TAPILY, qu’il désigne comme le fonctionnaire le plus corrompu au Mali.

Organisée par le conseil national du Patronat du Mali (CNPM), cette conférence-débat s’inscrit dans le cadre de l’agenda 2019 du patronat qui fait de la lutte contre la corruption, son cheval de bataille. A l’entame des propos liminaires du président du patronat Mamadou Sinsy COULIBALY, il indique qu’au début de son mandat à la tête du patronat malien en octobre 2015, il avait déclaré qu’il n’y a pas et qu’il n’y aura jamais de développement économique sans l’implication et la considération effective du secteur privé. « Les vrais et premiers acteurs de la stabilité sont les entrepreneurs. Ils observent, ils savent, ils analysent, réfléchissent, créent la richesse…. C’est avec les entrepreneurs qu’une nation avancent dans la mesure où un Etat n’est véritablement riche que lorsque ses populations sont riches, et la première source de la richesse est entre les mains de ceux qui entreprennent» a-t-il ajouté. Selon lui, le Général Moussa Traoré, considéré comme l’incarnation du mensonge, du chômage, de la corruption, des magouilles, du mépris de la liberté, fut renversé pour réaliser le rêve d’une Nation débout et prospère, rêve dans lequel chacun d’entre nous devrait s’identifier, gagner dignement, librement et vivre pleinement dans le droit et le devoir, avec passion et patriotisme. 28 ans après, ce sont des millions de Maliens qui vivent dans l’ignorance totale et  la misère et la famine et la maladie et l’insécurité et l’injustice, juste parce que quelques personnes détournent et s’approprient  tout ce qui appartient à tout un peuple!

Pour le conférencier Clément DEMBELE, Il existe des preuves de corruption de haut et de détournement soutenu de ressources publiques sous les récents gouvernements du Mali. Sous la présidence ATT, la corruption et culture d’impunité ont atteints tous les niveaux de l’Etat. Le bureau du Vérificateur général a continué de lever le voile sur des pratiques similaires sous le gouvernement d’Ibrahim Boubacar KEÏTA. Selon son dernier rapport, paru en 2017 et portant sur l’année 2015, le Mali aurait perdu près de 70 milliards de francs CFA (100 millions d’euros) en raison des fraudes et de la mauvaise gestion. Ces chiffres se basent sur l’examen de 23 services de l’Etat. Le conférencier indique que la mauvaise gestion des fonds publics avait précédemment endommagé les relations du Mali avec ses bailleurs de fonds internationaux. En 2014, le Fonds monétaire international (FMI) a suspendu ses programmes en raison des inquiétudes sur l’achat d’un jet présidentiel inscrit en marge du budget régulier.

Selon Clément DEMBELE, il existe peu d’exemples de hauts fonctionnaires traduits en justice pour des manquements individuels. Il souligne aussi que le classement du Mali dans les indices de corruption basés sur des enquêtes d’opinions d’experts et d’opinion des citoyens suggère un problème de corruption généralisée. Le Mali obtient une note de 32 sur 100 à l’indice de perception de la corruption 2016  de transparency International, sur une échelle allant de 0 (extrêmement corrompu) à 100 (très peu corrompu). Cette note selon lui, fluctue légèrement si observe les classements des cinq dernières années : 35 en 2015, 28 en 2013et 34 en 2012. Converti en rang, le Mali figure ainsi à la 116e place sur 176 pays en 2016 ; il se situe dans la médiane en Afrique subsaharienne, où il est classé 19e sur 44 pays (Transparency International 2016).

Répondant aux questions des participants à cette conférence, le président Sinsy COULIBALY laisse entendre: « Aujourd’hui je vais vous dire avec la stratégie que je suis en train de monter en place. je vais peut-être commencer par le premier nom des fonctionnaires le plus corrompu, le plus dangereux, un meurtrier et un méconnue de tous, un arnaqueur notoire, un raquetteur qui a racquêté nos entreprises, un individu infâme. Cet homme ne connaît pas la vertu, l’honneur, ni la dignité. Cet homme, c’est monsieur le président de la Cour Suprême, Nouhoum TAPILY, le plus grand danger de la République. Il faut demander le point des avocats, il en détruit le métier d’avocature dans ce pays. Il faut demander aux magistrats, leur point de vue sur son comportement. Nous allons lui demander de partir de lui-même, et s’il ne le fait pas, nous avons les moyens de le faire» a insisté Le président COULIBALY. Sur les questions relatives à la digitalisation de l’administration, il indique qu’elle fait beaucoup avancer les choses, mais le coût est énorme. Aussi, certains fonctionnaires se liguent contre cette avancée du faite qu’ils préfèrent entretenir le flou dans le fonctionnement de l’administration publique. Selon lui, si on veut digitaliser par exemple  l’identité numérique, il faut que le ministère de la sécurité, de l’intérieur, de l’administration, de la transparence, au moins cinq ou six ministères soient fusionnés et c’est très difficile de réunir ces ministères. Mais le secteur privé s’est associé avec le ministre de l’Economie Numérique pour travailler sur plusieurs projets qui sont en train de se mettre en place.En ce qui concerne constituer un comité autour du CNPM, le patron des patrons propose que chaque corporation fasse sa lutte parce qu’ils n’ont pas les mêmes interlocutoires. Par exemple ce qui sont dans les BTP doivent s’organiser à leur niveau, mais accompagné par le CNPM. En ce qui concerne l’intervention du président de l’Office Central de Lutte contrel’Enrichissement Illicite (OCLEI), il dira que le CNPM ne peut pas s’autosaisir d’un dossier, mais répondra à toute saisie par écrit ou même verbale. Il indique ensuite que ce sont ces mêmes fonctionnaires qui ont des maisons, des villas en France, des comptes bancaires à l’étranger, mais qu’eux, ils ont tout investit au Mali. C’est pourquoi ils ont intérêt à ce que tout marche bien au Mali. A propos des avancées du CNPM « Nous avons réussi à mettre la labélisation des entreprises en place, la spécialisation des entreprises, la classification des entreprises pour que les petites et les grands ne puissent pas soumissionner sur le même  marché. Nous sommes en train de mettre aussi la caisse de dépôt et de consignation en place.

Le conférencier DEMBELE répond en disant que la corruption est pour la démocratie, ce que Fukushima peut représenter pour un enfant de deux ans. La seule solution pour qu’une démocratie fonctionne dira-t-il, il faut qu’elle soit régie par le mécanisme du développement du peuple, car la décision du peuple ne peut pas être prise en otage par quelques personnes. « Si on prend les chiffres de Mamadou Sinsy COULIBALY, on parle de 200 gros poissons (fonctionnaires les plus corrompus au Mali) parmi 1600 moyens poissons. 200 gros poissons qui prennent la vie de 25 millions des Maliens de l’intérieur et de l’extérieur ; 25 millions de vie et d’avenir. Chaque famille qui va avoir peut-être trois enfants, ce qui représente dans les dix ans à venir 75 millions de personnes, donc qui n’ont pas d’avenir, parce que seulement il ya 200 fonctionnaires corrompus qui s’accaparent du bien public, de l’avenir, de l’espoir, de la santé, de l’autosuffisance alimentaire, de l’école, du travail, de la production, de l’économie, de la dignité, de l’honneur, de la vie ! Oui la corruption n’est même pas une menace, c’est un frein à la démocratie. Dans un pays où il y a la corruption il n’y a pas de démocratie » a expliqué le professeur Clément DEMBELE.

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