Mali: « La lutte contre la corruption se gagne aussi à travers la promotion de la citoyenneté » Dixit le Président de la CNJM Ismayila Yoro DICKO

Au Mali, la corruption a atteint  des proportions si inquiétantes, que l’on parle sans ambages de ‘’pathologie sociale’’ ou de ‘’fléau culturel’’. Ainsi la lutte contre la corruption au Mali est devenue une affaire de tous. La convention nationale des Juristes du Mali (CNJM), une association apolitique à but non lucratif  créée il y a bientôt 20 ans, entend  bâtir un véritable Etat de droit et de démocratie au Mali à travers la promotion des idéaux républicains et le développement par l’édification d’une démocratie de responsabilité et de redevabilité; dans tous les actes de la vie sociale, économique et culturelle. Votre journal spécialisé en éducation et en entreprenariat ‘’La réussite Mali’’ a rencontré son Président Ismayila Yoro DICKO, non moins membre de l’Association des Juristes Africains présidée par le Professeur SECK du Sénégal. Il est aussi membre du corps  préfectoral. Il nous a présenté le rôle que joue la CNJM dans la lutte contre la corruption au Mali.

La Réussite Mali: Qu’est ce qui vous a poussé à créer la CNJM ?

Ismayila Yoro DICKO: Pour avoir été acteur de l’avènement de la démocratie au Mali en 1991, pour plus de liberté et de justice, il est de notre devoir de nous investir pour faire de cette démocratie une réalité. Par exemple, selon l’article 15 de la Constitution du Mali, l’environnement doit être protégé et préservé par tout citoyen. Ainsi, notre conviction au niveau de la CNJM, c’est qu’on ne peut pas bâtir une nation démocratique  sans des citoyens bien formés et  bien informés sur leurs droits et devoirs, et qui font tout pour s’acquitter de leurs devoirs, notamment en payant leurs impôts et  taxes.

En retour ils seront en droit de s’informer sur la destination de leurs contributions fiscales. C’est le principe de redevabilité qui leur permet de dire: «  Nous avons payé nos impôts, donc nous avons le droit de poser des questions aux dirigeants pour savoir quelle direction notre  argent a prise ».Cela est d’autant plus compréhensible, qu’un citoyen qui participe activement à l’édification d’un projet, accepte difficilement de jouer le spectateur indifférent, quand des forces rétrogrades essayent de détruire le fruit de ses labeurs. Au constat, nous assistons au fait que la préservation du bien public intéresse très peu de Maliens. Exemple, à longueur de journée, la SOMAGEP perd de l’eau et EDM d’électricité face à l’indifférence des populations.

La Réussite Mali: Quels sont les objectifs visés par la CNJM ?

Ismayila Yoro DICKO: La convention nationale des Juristes du Mali (CNJM) a aussi pour objectif de  promouvoir la citoyenneté et la tolérance. L’association s’investit aussi au  quotidien à faire en sorte que les Maliens et particulièrement les jeunes s’intéressent à la marche de leur nation en y apportant des contributions de qualité et en préservant le bien public.

 La CNJM s’emploie aussi à poser des actes susceptibles de fortifier l’autorité de l’Etat par la sensibilisation et l’information de la population et des détenteurs de l’autorité. Pour cela nous mettons œuvre un vaste programme d’enseignement de l’Education civique et morale à l’école dès le préscolaire.

Nos  actions sont orientées aussi vers l’ancrage de notre processus de décentralisation. A cet effet, nous comptons poursuivre notre partenariat  avec les élus sur l’ensemble du territoire national en mettant à leur disposition des juristes ou des para- juristes pour pouvoir de répondre à leurs préoccupations juridiques et judiciaires.

Pour la CNJM, chaque village, fraction ou quartier malien doit avoir sa « Boutique Juridique (Centre d’accueil, d’information et d’orientation juridique) ». Notre souhait est de rendre disponible l’information juridique à tous les citoyens maliens car le droit ne  doit pas rester simplement, une affaire de professionnels. Il faut donc casser la barrière entre les populations et les règles de droit. Il reste entendu que nous ne sommes ni juges, ni avocats, ni notaires, ni huissiers, ni commissaires-priseurs, ni policiers, ni gendarmes ; mais nous demeurons des juristes déterminités à vulgariser le droit de façon très large au bénéfice des citoyens.

La convention met en outre un accent particulier sur le rôle des  jeunes et des femmes pour promouvoir la citoyenneté et la vulgarisation du  Droit. Elle s’engage aussi   à approfondir la réflexion sur la portée et le sens du vote dans le choix  des hommes et des femmes  qui auront en charge la gestion des affaires publiques.

La Réussite Mali: Comment expliquez vous alors le fait que le Mali semble aller à vau-l’eau et que la corruption devienne la pratique de tous?

Ismayila Yoro DICKO: Notre association a toujours attiré l’attention des gouvernants et des citoyens  sur les effets dévastateurs de la  corruption, car elle est en train de détruire les fondements mêmes de la nation malienne. Il faut, par exemple aujourhui, jeter un regard prospectif sur l’état de notre école, notre hôpital, notre administration, notre armée, notre justice, on a juste le cœur meurtri.

La raison est simple, une minorité de Maliens sans âme s’est donnée une liberté de porter atteinte aux biens publics. La situation doit donc changer. Imaginer un haut fonctionnaire malien voler un poulet dans son village natal, c’est la honte de sa vie. Paradoxalement il détourne des milliards et il y a des gens qui trouvent cela normal.

 En effet au Mali, les gens courent après les postes sans mesurer les conséquences et les tenants et aboutissants, quand on les nomme à des postes importants, ils sont en face d’une réalité à laquelle ils n’ont pas pensée. C’est pour cette raison que nous apportons  un soutien sans réserve à notre justice et en particulier au Garde des Sceau, Malik COULIBALY dans l’accomplissement de ses missions dans l’intérêt du pays.

Pour la défense des droits humains, nous ne doutons point que les juges fassent sienne, l’assertion selon laquelle, dans les procédures judiciaires, la liberté est le principe et la détention l’exception. Pour cela, les droits des prévenus et ceux des personnes condamnées doivent être préservés. En effet, il est important de rappeler à l’opinion que les personnes placées sous mandat de dépôts sont  présumées innocentes jusqu’à ce qu’une décision de justice en décide autrement.  Nous nous battons à travers la sensibilisation et l’information pour que les gens  n’aillent pas en prison. Ainsi, nous sommes en train de faire un travail qui va désormais nous amener à accompagner les prisonniers dans le suivi de leurs dossiers judiciaires, car il y a des prisonniers qui sont enfermés sans savoir pourquoi ils sont incarcérés et  parfois on les oublie même.

Courant 2020, nous entendons finaliser le montage d’un projet très important qui consiste à mettre les nouvelles technologies de l’information et de la communication au service du droit et de la promotion de la citoyenneté. En comptant d’abord sur nous-mêmes, nous sommes ouverts à l’accompagnement des partenaires, nationaux et internationaux. A cet effet, nous saluons déjà l’engagement des membres d’honneur de la CNJM (Fousseyni CAMARA à Paris, Sidi DANIOKO en Suisse, le Doyen Salah Nadjim BABY à Bamako, nos ambassadeurs : Master Soumi, au Mali et Sidi DANIOKO, notre Expert NTIC aux Etats – Unis d’Amérique). Vous pouvez leur emboiter le pas !

La Réussite Mali: Parlez nous de vos activités

Ismayila Yoro DICKO: Nos activités, comme indiqué, tournent autour de la création et à l’animation de Boutiques juridiques au service des  populations, les conférences- contributions sur la promotion du droit, les rencontres d’échanges dans les écoles, les universités, espaces réservés aux organisations de la Société civile,  les aéroports ( pour informer les voyageurs sur notre droit positif et le droit communautaire), programmes d’assistance juridique aux Entréprises Maliennes et  des séances de renforcement des capacités des sortants de nos universités.

C’est ainsi qu’en 2003 nous avions bénéficié d’un appui financier d’un programme du PNUD pour ouvrir une boutique juridique à BANCONI, un quartier populaire de la Commune I du District de Bamako. En deux  ans d’activités, les administrateurs de la boutique ont accueilli, informé et orienté plus de 19 000 personnes composées en grande partie de femmes et de jeunes.

 Le besoin d’information juridique était très pressant que les citoyens finalement, venaient de toutes les communes de Bamako.Ils exigeaient l’ouverture d’autres boutiques juridiques dans leurs localités respectives. Nos moyens étant limités, les besoins demeurent encore partout au Mali. Il reste que nous continuons d’envoyer nos «  JURISTES SAC A DOS »dans les quartiers, villages et zones rurales pour sensibiliser les populations sur leurs droits et devoirs, et chose surprenante, ce sont les maires, les chefs de village qui les prennent en charge, car il y a une réalité locale qui est différente de la réalité de la capitale.

La Réussite Mali: Votre dernier mot

Ismayila Yoro DICKO: Je remercie votre journal pour tout le travail abattu, c’est un bon journal tres dynamique avec beaucoup d’informations. J’invite en outre, toute la population à participer activement à notre  grande conférence Citoyenne qui se tiendra ce Samedi, 07 Décembre 2019 à partir de 09 Heures 30mn, au Centre OlympAfrica situé non loin  du marché de Banankabougou et de la Cour d’Appel de Bamako. Le thème est relatif à la lutte contre l’indifférence au Mali en soutien à notre armée et à notre  la justice.

Enfin, lancer un appel à l’ensemble des Juristes du Mali et toutes personnes intéressées par les questions juridiques à prendre contact avec le Bureau Exécutif National de la  CNJM à notre Siège, Immeuble Master Com. (Agence de Communication Globale), Badalabougou- SEMA GEXCO non loin de la Pharmacie du 2ème pont.

Mail : conjuristemali@gmail.com-Tel : (00223) 77 77 40 64.

Propos recueillis par Cheick Oumar KANTE

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