Mali: « La lutte contre la corruption est aussi une éducation civique » Dixit le Président de l’ANJM Ismayila Yoro DICKO

Au Mali, la corruption a atteint  des proportions si inquiétantes, que l’on parle sans ambages de ‘’pathologie sociale’’ ou de ‘’fléau culturel’’. Ainsi la lutte contre la corruption au Mali est devenue une affaire de tous. La convention nationale des Juristes du Mali (CNJM), une association apolitique à but non lucratif  créée il y a bientôt 20 ans, entend  bâtir un véritable Etat de droit et de démocratie au Mali à travers la promotion des idéaux républicains et le développement par l’édification d’une démocratie de responsabilité et de redevabilité; dans tous les actes de la vie sociale, économique et culturelle. Votre journal spécialisé en éducation et en entreprenariat ‘’La réussite Mali’’ a rencontré son président Ismayila Yoro DICKO, non moins membre de l’association juriste africain, et membre du corps  préfectoral. Il nous a présenté le role que joue l’ANJM dans la lutte contre la corruption au Mali.

La Réussite Mali: Qu’est ce qui vous a poussé à créer la CNJM ?

Ismayila Yoro DICKO: Pour avoir été acteurs de l’avènement de la démocratie au Mali, pour plus de liberté et de justice, il est de notre devoir de nous investir pour faire de cette démocratie une réalité. Selon l’article 15 de la constitution du Mali, l’environnement doit être protégé et préservé par tout citoyen. En tant que juristes, notre contribution est citoyenne. On ne peut pas bâtir une nation sans des citoyens bien formés, bien informés, qui connaissent leurs droits  et qui font tout pour s’acquitter de leurs devoirs, notamment payer ses taxes et impôts, et se soumettre à des obligations qu’impose la loi ; mais en même temps avec le principe de redevabilité pour dire: j’ai payé mes impôts, donc j’ai le droit de poser des questions aux dirigeants pour savoir quelle direction mon agent a pris.  Donc il nous faut bâtir sur cette démocratie, mais avec des citoyens bien formés.

La Réussite Mali: Quels sont les objectifs visés par la CNJM ?

Ismayila Yoro DICKO: La CNJM a aussi pour objectif de  promouvoir la citoyenneté et la tolérance. L’association s’investit à faire en sorte que les Maliens et particulièrement les jeunes s’intéressent à la marche  de leur nation en y apportant des contributions de qualité et  à préserver le bien public. Elle s’emploie aussi au quotidien à la restauration de l’autorité de l’Etat par la sensibilisation et l’information de la population et des détenteurs de l’autorité. Son action est aussi orientée vers l’ancrage de la décentralisation. La Convention met un accent particulier sur le rôle des  jeunes et des femmes pour promouvoir la citoyenneté et la vulgarisation des règles de Droit. Elle s’engage en outre  à approfondir la réflexion sur la portée et le sens du vote dans le choix  des hommes et des femmes  qui auront en charge la gestion des affaires publiques. L’organisation de juristes s’engage pleinement à apporter une assistance et une information juridique de qualité aux populations maliennes en particulier aux plus démunies (Jeunes et Femmes).

La Réussite Mali: Comment expliquez vous alors le fait que le Mali semble aller à vau-l’eau et que la corruption devienne la pratique de tous ?

Ismayila Yoro DICKO: Notre association a toujours attiré l’attention des dirigeants et gouvernants sur le fait de la corruption, car elle est en train de détruire les fondements de la nation. Au Mali, les gens courent après les postes sans mesurer les conséquences, quand on les nomme directeur, ils sont en face d’une réalité à laquelle ils n’ont pas pensée. Le phénomène de la corruption est très grave au Mali, les gens sont en train de détruire carrément les fondements de la nation. Toutes ces crises sociales, économique, sécuritaire ont leur racine dans la corruption. S’il n’y a pas d’hôpitaux, s’il n’y a pas d’école, routes d’eau, c’est parce que il y a une minorité qui se donne le privilège de prendre ce qui ne les appartient pas   aux détriments de la grande majorité des maliens. Donc au de la CNJM, nous nous apportons un soutien sans faille à la justice malienne pour mener à bien ses actions de lutte contre la corruption. Mais en tant que défenseurs des droits de l’homme, nous souhaitons qu’il faut préserver l’honneur et la dignité des personnes inculpées, car la constitution du Mali attache du prix à la condition de la vie humaine. Etre mis sous le mandat de dépôt ne signifie pas être coupable, mais ce sont des présumés innocents jusqu’à ce que la justice fasse son travail.

Nous nous battons à travers la sensibilisation pour que les gens  n’aillent pas en prison. Nous sommes en train de faire un travail qui va désormais nous amener à accompagner les prisonniers dans le suivi de leurs dossier judiciaires, car il y a des prisonniers qui sont enfermés sans savoir pourquoi ils sont incarcérés, parfois on les oublie.

La Réussite Mali: Parlez nous de vos activités

Ismayila Yoro DICKO: Nos activités sont des boutiques juridiques qui donnent des informations et des services aux populations tout comme les boutiques du quartier à la différence que celle-ci est gratuite, mais en retour tu as reçu suffisamment d’informations sur tes préoccupations. En 2003 nous avons eu un appui financier d’un programme du PNUD et nous avons ouvert une boutique juridique à Banconi un quartier politique de Bamako, 2 ans d’exercice avant la fermeture de ce programme, les gestionnaires de la boutique ont recensé et d’autres quartiers de la zone ont mis la pressions pour que nous ouvrions une boutique dans leurs quartiers, mais étant donné que nos moyens sont limités, car il faut assurer la consommation des jeunes qui gèrent ces boutiques. Nous formons les jeunes hommes et femmes que nous appelons des juristes sac à dos. Nous les envoyons dans les quartiers, villages et zones rurales pour sensibiliser les populations sur leurs droits et devoirs, et chose surprenante, ce sont les maires, les chefs de village qui les prennent en charge, car il y a une réalité locale qui est différente de la réalité

La Réussite Mali: Votre dernier mot

Ismayila Yoro DICKO: Je remercie votre journal pour tout le travail abattu, c’est un bon journal tres dynamique avec beaucoup d’informations. Je rappelle notre grande conférence citoyenne qui se tiendra le 7 décembre 2019 à partir de 9heures 30, au centre Olympa Africa situé  à coté du marché de Banankabougou, non loin de la cour d’appel. Le thème est relatif à la lutte contre l’indifférence au Mali, pour le soutien à l’armée et à la justice. Ensuite lancer un appel à l’ensemble des juristes du Mali de prendre contact avec l’ANJM à notre siège à Badalabougou.

Propos recueillis par Charles MESSE