Editorial de Charles MESSE: La problématique de l’émergence au Mali

Le Mali rêve de devenir un pays émergent et une puissance agro-sylvo-pastorale, doté d’une bonne qualité de vie pour les populations.  Les instances dirigeantes du pays s’étaient assignées ce défi majeur de réaliser cette émergence économique, dans le cadre de l’agenda 2063 pour l’Afrique, visant à concrétiser l’émergence du continent d’ici 2063 (Union Africaine, 2014).  La volonté est d’obtenir les mêmes performances que les pays émergents comme les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et les autres pays qui ont su transformer leurs structures économiques afin d’atteindre de hauts niveaux de performance économique et de réduction de la pauvreté.

La mise en place du cadre stratégique pour la croissance et la réduction de la pauvreté (CSCRP) s’inscrit bien dans cette logique. Après les deux premières phases (2002-2006 et 2007-2011) du CSCRP qui ont été accomplies, le début de la mise en œuvre du CSCRP 2012-2017 a été fortement perturbé par la crise de l’année 2012 (la période la plus sombre de l’histoire du Mali sur les plans politique et économique) qui a ouvert la voie à la suspension de la coopération internationale, à la guerre et l’occupation de la partie nord du pays. De ce fait, même après la reprise de la coopération et le retour d’une vie constitutionnelle normale, la situation socioéconomique du pays s’est considérablement dégradée ces dernières années, avec des conséquences énormes et profondes.

Selon le rapport du CSCRP 2012-2017, les enjeux en termes de développement  institutionnel, économique et social sont considérables. Une meilleure performance des politiques  est à rechercher  dans tous les secteurs. Il convient de procéder  à un rééquilibrage  du budget  au profil des secteurs qui ont bénéficié d’une allocation inférieure aux prévisions. Cinq secteurs doivent  plus particulièrement  bénéficier d’une attention particulièrement soutenue. L’éducation y compris  la formation professionnelle, la santé y compris la nutrition, l’agriculture, le réseau des transports routiers etla protection sociale.

Le Mali doit aller vers de nouvelles formes d’agriculture qui garantissent l’alimentation des populations et soutiennent l’emploi agricole. En particulier, il faudra passer de l’agriculture de substance à l’agriculture moderne avec des techniques modernes à haute  productivité permettant le développement de l’agro-industrie.   Le secteur agricole devra être modernisé pour accroître la valeur ajoutée produite au niveau national. Il faudra augmenter la productivité, diversifier les ressources, développer des produits manufacturés à haute valeur ajoutée. Le développement industriel, particulièrement l’agro-industrie, devra représenter le cadre pour une croissance durable, l’emploi et la réduction de la pauvreté. Les industries devront être tournées vers l’exportation des produits à forte intensité de main d’œuvre.   Les ressources obtenues du secteur agricole devront permettre de financer les investissements pour mettre en place un tissu industriel et créer les conditions véritables d’une émergence économique.   Le secteur privé devra jouir des conditions pour créer les emplois. L’Etat devra arbitrer et  réguler les activités économiques en développant les conditions nécessaires pour avoir un bon environnement permettant la création des entreprises privées et les emplois durables.   La création d’emplois décents permet non seulement d’augmenter les revenus et réduire la pauvreté, mais aussi de lutter contre les conséquences néfastes du chômage. Selon la Banque mondiale, 40% des jeunes qui rejoignent des mouvements rebelles ou terroristes en Afrique subsaharienne sont motivés par le manque d’emplois (Vox monde, 2014).   Pour que l’industrialisation soit efficace et durable, le Mali aura besoin de la main d’œuvre qualifiée, en améliorant le niveau de l’éducation sur les plans quantitatif et qualitatif, à tous les niveaux, ainsi que la recherche scientifique, la science, la technologie et l’innovation.   Le développement des industries, du secteur privé et de la qualité de vie des populations, ne se fera qu’avec des services publics de qualité et à bas coût. Il faudra donc s’atteler au développement de l’énergie, de l’accès à l’eau, la construction des routes, l’amélioration des soins de santé, la justice, et l’essor des télécommunications.   

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